Rapport moral 2011 de la Fédurok
Lundi 30 Avril 2012

Le Rapport Moral de l'année 2006 a été présenté aux adhérents par le président de la Fédurok, Sébastien Cornu, à l'Assemblée Générale des 19 et 20 mars 2012. L'AG se tenait au Fil à Saint Etienne.


"L'assemblée générale de la Fédurok réunie à Saint-Etienne doit marquer une nouvelle étape importante pour notre fédération, en entérinant les axes d'un projet fédéral commun avec la Fédération des Scènes de Jazz et de musiques improvisés.

Nous remercions chaleureusement le FIL de nous accueillir pour cette occasion. Le FIL qui nous semble incarner cet engagement symbolique dans la coopération. En effet, c'est un collectif d'acteurs culturels réuni au sein de La Limace qui s'est constitué en 2006 pour gérer la scène de musiques actuelles. Ils ont ainsi inauguré à Saint-Etienne de multiples coopérations avec la reprise d'un cinéma par une société coopérative d'intérêt collectif, la constitution d'une fédération de producteurs indépendants pour distribuer équitablement les oeuvres, la création d'un café-lecture associatif, la constitution d'un groupement d'employeurs, et enfin la formalisation en 2010 d'une grappe d'entreprises créatives et solidaires "Culture & Coopération".

Gageons que cet esprit solidaire de création et de développement inspire le rapprochement de nos organisations, et symbolise la portée et la philosophie d'une coopération renforcée entre les acteurs culturels et leur nécessité à s'engager dans des actions coordonnées sur les territoires.

Plus prosaïquement, nos conseils d'administration, celui de la Fédurok et celui de la FSJ, ont construit un cheminement qui vous associe autant que possible. Un premier séminaire en janvier 2011 a permis de partager la démarche, soulever les interrogations et analyser les freins. Nous avons alors voté les principes de rapprochement en assemblée générale à Rouen en juillet dernier. Depuis un groupe de travail s’est formalisé pour élaborer les bases du projet fédéral commun qui est soumis à votre acceptation lors de cette assemblée générale. Les deux CA et équipes élaborent depuis janvier 2012 un processus de préfiguration qui doit nous permettre d’aller vers une structuration commune.

Notre évolution structurelle mobilise beaucoup de temps et d'énergie sans toutefois réduire la dynamique forte qui anime notre fédération. En effet, l'ensemble des chantiers se poursuit et les axes stratégiques que nous développons depuis bien des années se solidifient. Ceci grâce à la mobilisation et la compétence de notre équipe salariée et du conseil d'administration. Qu'ils en soient ici remerciés.

En 2011, nous avons corrigé la stratégie de développement informatique de GIMIC en cours de déploiement aujourd'hui, et préparé la transformation d’iCoop en Société Coopérative d’intérêt Collectif. Son projet opérationnel s'axe principalement sur l’OPP et l’accompagnement des acteurs dans leur structuration d’entreprise et territoriale. C’est ainsi que désormais de nouveaux partenaires et futurs « coopérateurs » sont amenés à nous rejoindre dans Icoop.

Parmi eux, le réseau européen Live DMA, qui ouvre un chantier sur l’observation porté par la France, le Danemark et les Pays-Bas afin de décliner une méthode, un outil et des capacités d’analyse à l’ensemble des pays membres de ce réseau.

Live DMA se structure plus fortement. Après une existence par le biais du portage technique de la Fédurok avec cette année l’installation d’un bureau à Lille, une Assemblée Générale constituante début mai à Aarhus au Danemark doit lui donner une personnalité juridique.

La coordination technique et politique du réseau doit pouvoir être assurée par la Fédurok pour une période d’encore environ deux ans. L’investissement que nous y consacrons permet non seulement de maintenir la confiance des fondateurs mais provoque aussi l’arrivée de nouveaux avec l’entrée prochaine de l'Allemagne, la mise en place de projets tels que MUSICATION financé au titre du programme Léonardo – Formation tout au long de la vie, et le soutien spécifique du Ministère de la Culture & de la Communication.

Notre engagement à l'échelle européenne est fondamental pour l'avenir de nos structures et de la filière dans son ensemble. Il ne résout pas nos problématiques spécifiques à court terme, mais il nous permet d’anticiper les recompositions futures, économiques, politiques et en particulier territoriales. C’est ce que nous pourrons analyser à l’occasion de nos prochaines rencontres à Belfort et à Montbéliard qui se tiendront fin juin.

En ces temps d'évolutions fortes de la filière, nous n'avons de cesse de rappeler les principes qui doivent gouverner les politiques publiques, comme par exemple à l'occasion de la mission de préfiguration du Centre National de la Musique. L'opportunité de nouvelles ressources fiscales à redistribuer ne doit pas masquer les enjeux d’intérêt général que recouvrent ceux de la diversité, de l'équité territoriale et d’une nécessaire régulation de la filière permettant de soutenir les initiatives indépendantes.

Actées dès 2006 par l'ensemble de la profession, notre attachement à des politiques nationales et territoriales concertée pour les musiques actuelles doit être rappelé. Le Groupe de Travail des Lieux de Musiques Actuelles, rescapé du CSMA, est encore aujourd'hui l'espace de dialogue le plus large pour notre filière. Il a permis d'inscrire le Solima dans la même circulaire que le label SMAC avec des principes et des méthodologies de mise en œuvre qui doivent être observés et accompagnés. En effet, l'appropriation de la méthode Solima doit être encouragée tant elle est inhabituelle dans les manières de faire politique publique. Nous devons aussi être très vigilant et alerter dès que le peu de crédits supplémentaires dévolus dans le cadre du plan SMAC sont détournés par certains services déconcentrés pour d’autres acteurs culturels estimés plus légitimes.

Nous avons alerté en juillet dernier de la grande fragilité des lieux, nécessitant une multiplication des interventions sur le terrain. Si notre organisation collective permet d'engager des médiations, de porter des alertes, et de négocier des cadres de politiques publiques adaptés, ces temps de précarité ne trouveront pas d'issue dans le seul financement public ou dans le libre marché.

Ces temps de précarité poussent à concrétiser les solidarités déclarées en actes. Il est encourageant de voir que le réseau que nous formons répond présent, en témoigne la contribution du fond de solidarité pour la Cigale, ou les projets de coopération territoriale qui se mettent en œuvre.

C'est par le croisement de nos initiatives, leur essaimage et leur mise en partage que nous avançons. C'est le sens de la mobilisation, "L'art est public" pour une politique culturelle réinventée, dans laquelle nous nous investissons, ici, à Saint-Etienne comme un point d'étape, un temps de réflexion, mais aussi dans nos lieux, avec nos conseils d'administration, nos bénévoles, nos partenaires, pour s'impliquer dans la réflexion mais aussi la construction d'alternatives.

Au delà des échéances électorales majeures de 2012, nous devons veiller à la vitalité associative et citoyenne mise à mal à bien des endroits. Mettre en débat les fondements de l’intervention publique en matière d’art et de culture, c'est interroger ce qui fonde l’intérêt général au niveau de la société toute entière.

C'est le sens de notre engagement militant au sein de l'Ufisc qui n'a pas faibli et dont la présidence est toujours assurée par notre directeur. Nous avons participé activement aux Etats généraux de l'ESS en juin, et aux travaux et réflexions sur la coopération menés à Redon, puis en Avignon en 2011 qui trouvent leur aboutissement ici à Saint-Etienne avec les journées professionnelles de ces 2 prochains jours. Le contexte nous invite à nous mobiliser pour une politique culturelle réinventée.

Alors réinventons, comme nous l'avons amorcé avec nos amis du Jazz, avec nos réseaux partenaires, et dotons nous d'outils et de moyens solidaires d'entreprendre, dans les champs de l'observation, de la communication, de la diffusion, des actions culturelles, de la production...

Réinventons pour que se construisent de manière partagée et démocratique des politiques publiques ambitieuses, fondées sur l'intérêt général, la diversité, l'équité et la considération des droits culturels.

  

Sébastien Cornu, Président "